La condition des noirs en 1945

Nous allons donc voir l'état dans lequel se trouve la condition des noirs aux Etats-Unis au sortir de la seconde guerre mondiale. Cette période est marquée par une ségrégation profondément ancrée mais elle voit également naitre les prémices d'un mouvement sans précédent.

 Le 18 décembre 1865, l’esclavage est aboli. Toutefois, la situation entre Blancs et Noirs est très loin d’être égalitaire. Certains états, surtout du sud, sont et resteront profondément racistes. Beaucoup de tensions vont naître du refus des Blancs de se mélanger aux Noirs, et des séparations physiques vont être mises en place : des trottoirs aux toilettes en passant par les places dans les bus et les restaurants, les Noirs se voient infliger l’obligation de laisser les espaces les mieux aménagés aux Blancs, qui bénéficient de la législation.

                                              

 

Jusqu'en 1960 les noirs du Sud n'avaient pas le droit  de se marier avec des blancs. Il ne pouvaient pas fréquenter les mêmes écoles que les blancs jusqu'à l’épisode James Meredith que nous développerons plus tard, ils ne bénéficiaient pas du droit de vote, ni de la possibilité de se syndiquer. Leurs salaires étaient toujours bien moins confortables que ceux des Blancs et le taux de pauvreté des Noirs en était bien supérieur.

Mais malgré ce que la vie de cette époque leur infligeait, ils avaient l’obligation, comme les Blancs, de servir leur pays. L’armée mit fin à sa propre ségrégation en prévision des combats de la seconde guerre mondiale. Cette déségrégation ouvre une porte dans laquelle vont s’engouffrer les militants des droits civiques.

Alors qu’ils s’opposaient à des régimes fascistes et leurs idéologies, les Etats-Unis devaient se rendre à l’évidence : dans leur propre pays, beaucoup de leurs propres citoyens afro-américains -environ 10 % de la population de l'époque - se voyaient refuser les droits civiques et les occasions les plus élémentaires de progresser au sein de la société.

Les fameuses « Quatre Libertés » (liberté d'expression et de culte, et liberté de vivre à l'abri du besoin et de la peur) prônées par le président Franklin Roosevelt comme objectifs américains de la guerre, demeuraient encore largement inaccessibles à la population afro-américaine, mais elles n'empêchèrent pas à 2,5 millions d'hommes noirs de s'inscrire pour le service militaire. Plus d'un million d'Afro-Américains auront finalement servi dans toutes les branches des forces armées pendant la Deuxième Guerre mondiale. D'autre part, des milliers de femmes afro-américaines se sont portées volontaires comme infirmières en zones de conflits.            

Des infirmières débarquent dans le port de Greenock en Ecosse, août 1944

Des soldats américains de diverses couleurs de peau en Italie (1944).

 

 

À la même époque l'Association nationale pour l'avancement des personnes de couleur (NAACP), la Ligue urbaine et d'autres organisations firent appel à la Maison-Blanche et à l'armée pour réclamer, avec succès, l'intégration de la formation pour officiers et l'élargissement des possibilités de promotion pour les unités entièrement noires.

Mais après la guerre, le retour des Noirs dans le Sud s’accompagne d’attaques et de lynchages : l’année 1946 est une des plus sombres selon la NAACP, et beaucoup de vétérans se réengagent dans l’armée pour se protéger des offensives de civils racistes. De plus en plus conscient de l’anormalité de la situation, des observateurs et des journalistes noirs se sentent concernés par les idéaux humanitaires de la toute nouvelle ONU et sa déclaration des Droits de l’homme. Publiée en 1948, elle rend de plus en plus évident le paradoxe américain.

En 1946, une pétition est déposée par des militants noirs au Conseil économique et social pour demander l’aide de l’ONU dans la lutte contre la discrimination raciale. Mais l’ONU décrète que cette ségrégation est un problème intérieur aux Etats-Unis et ne relève pas de son autorité.

Peu à peu, les Blancs deviennent lus compréhensifs et malgré quelques attaques, les incidents deviennent de moins en moins nombreux. La période de l’après-guerre voit d’importants changements dans les relations raciales aux États-Unis. À mesure qu’un nombre croissant de Noirs quittent le Sud rural pour s’installer dans les zones urbaines, leur statut économique s’améliore, même si leur revenu moyen reste inférieur à celui des Blancs.

 En 1954, un procès oppose plusieurs familles d’élèves noirs regroupés sous le patronyme Brown (le premier des élèves par ordre alphabétique) à une écoles qui refuse de les inscrire en raison de leur couleur de peau. La Cour juge à l’unanimité dans Brown contre le Bureau d’éducation de Topeka, que « des établissements d’enseignement séparés sont intrinsèquement inégaux » et, l’année suivante, ordonne aux écoles d’État de cesser la ségrégation « avec toute la rapidité possible ».  On voit sur cette carte, en rouge les états où la ségrégation scolaire est autorisée et en vert, la partie des Etats-Unis où elle est interdite. 17 états de chaque, quelques états non décidés : la déségrégation commence à gagner du terrain. Mais souvent, sous la menace, les élèves noirs sont escortés par l’armée comme on le voit ci dessous.

     

En 1950 la population noire est donc victime d'une ségrégation toujours active, mais en recul par rapport au passé.

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